venir étudier en France plutôt que de se retrouver

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simenon

Senior Member
italien
Bonjour à tous,
je suis tombée sur un emploi de la conjonction "plutôt que" que je n'arrive pas à comprendre.
Il y a une vieille femme qui repense à sa jeunesse, à son rêve d'aller étudier en France, à la Sorbonne, ce qu'elle n'avait pas pu faire, même parce que c'était l'époque de la guerre en Europe etc. Elle pense alors à ses cousins de Pologne qui sont mort dans un lager. Je cite du roman Soifs de Marie-Claire Blais:

"toujours au bord de sa conscience, le vague souvenir des cousins de Pologne l’avait attristée, eux aussi eussent souhaité venir étudier en France plutôt que de se retrouver dans un établissement d’enseignement supérieur, mais l’impondérable folie de ces hommes ne les avait-elle pas conduits près de ces marais de la Dachauer Moos où, dans des camps construits pour eux, ils avaient été déportés, exterminés".

A ma compréhension de la locution "plutôt que", je dirais que les cousins de Pologne auraient aimé mieux eux-aussi aller étudier en France que dans un établissement d’enseignement supérieur (quelconque?/ polonais?). Déjà il y a quelque chose qui ne marche pas dans l'opposition entre France (la Sorbonne, je dirais puiisque avant elle a parlé de la Sorbonne) et un établissement d’enseignement supérieur, que je ne sais pas à quoi correspond exactement. Mais, le vrai problème est que ces cousins se son retrouvés à Dachau où ils ont été exterminés. Donc je ne comprends pas.
QU'en pensez-vous? Est-ce que "plutôt que" peut être interprété autrement?
Merci
 
  • Maître Capello

    Mod et ratures
    French – Switzerland
    À mon avis c'est une erreur : toute la partie « plutôt que de se retrouver » devrait être supprimée.

    Eux aussi eussent souhaité venir étudier en France plutôt que de se retrouver dans un établissement d'enseignement supérieur.

    En tout cas, plutôt que de ne peut pas avoir un autre sens que « au lieu de ».
     

    Piotr Ivanovitch

    Senior Member
    Français
    Effectivement, plutôt que... = au lieu de..., de préférence à... Alors que vient faire ici cet «
    établissement d'enseignement supérieur » ?

    Est-il possible, plausible (selon le ton général du roman), qu'il s'agisse d'un trait d'humour très noir où cette appellation servirait de périphrase ironique (d'une ironie très cruelle) pour désigner le camp de Dachau ?
     

    simenon

    Senior Member
    italien
    Je ne sais pas, Piotr! C'est une idée intéressant en effet. Même si je n'arrive pas à imaginer comment on puisse désigner, même ironiquement, le camp de Dachau du nom de " établissement d'enseignement supérieur ".
     

    nicduf

    Senior Member
    français
    Je pense que s'ils avaient pu choisir, ils auraient préféré la Sorbonne en France plutôt q'un établissement d'enseignement supérieur en Pologne ,moins prestigieux sans doute, mais ils n'ont pas eu hélas la possibilité de choisir puisque ils ont été envoyés à Dachau. Le"mais" dans le texte d'origine marque l'opposition entre avoir le choix et ne pas avoir le choix.
     

    simenon

    Senior Member
    italien
    Merci Nicduf, oui, mais ne faudrait-il pas du moins une spécification après "établissement d'enseignement supérieur "?
     

    Locape

    Senior Member
    French
    J'imagine que pour M.-C. Blais, étant donné qu'elle a écrit 'Pologne' un peu plus haut, et qu'on comprends bien qu'elle parle de ces cousins polonais, l'établissement d'enseignement supérieur' ne peut être qu'en Pologne (même si pour ses lecteurs, il faut bien réfléchir et faire une analyse de texte pour en comprendre le sens exact, ce qui ne facilite pas la lecture !).
     

    Piotr Ivanovitch

    Senior Member
    Français
    NicDuf said:
    Je pense que, s'ils avaient pu choisir, ils auraient préféré la Sorbonne en France plutôt qu'un établissement d'enseignement supérieur en Pologne, moins prestigieux sans doute,
    Auquel cas il manquerait dans le texte une précision après la phrase litigieuse, à savoir insérer « en Pologne » juste après « plutôt que de se retrouver dans un établissement d’enseignement supérieur ».
    Le problème serait réglé, la phrase est complète et a un sens, mais ce n'est pas ce qu'a écrit l'auteure...
     

    nicduf

    Senior Member
    français
    Il est vrai que l'auteure n'a pas précisé "en Pologne " mais comme l'a dit Locape, on peut le comprendre . Les renseignements que donne Simenon sur ce qui précède l'extrait cité aident également à cette interprétation.
     

    Maître Capello

    Mod et ratures
    French – Switzerland
    À mon avis, l'auteur a maladroitement télescopé deux idées : 1º préférer venir étudier en France plutôt que de le faire en Pologne ; 2º souhaiter faire des études, mais finir par être déporté à Dachau.
     

    Nanon

    Senior Member
    français (France)
    À ma connaissance, il n'y avait officiellement plus d'enseignement supérieur en Pologne occupée pendant la Seconde guerre mondiale (Himmler avait écrit que, pour les populations non-germaniques de l'Est, l'éducation devait se résumer à quatre années de primaire). Cela conforte l'idée que l' « établissement d'enseignement supérieur » est une appellation qui tient d'un humour très noir. Que pouvait-on y apprendre ? La dernière leçon de la vie ?
     

    Latoroslka

    Member
    polish
    Je pense que s'ils avaient pu choisir, ils auraient préféré la Sorbonne en France plutôt q'un établissement d'enseignement supérieur en Pologne ,moins prestigieux sans doute, mais ils n'ont pas eu hélas la possibilité de choisir puisque ils ont été envoyés à Dachau. Le"mais" dans le texte d'origine marque l'opposition entre avoir le choix et ne pas avoir le choix.
    C'est ce que je pense, moi aussi...
    À ma connaissance, il n'y avait officiellement plus d'enseignement supérieur en Pologne occupée pendant la Seconde guerre mondiale (Himmler avait écrit que, pour les populations non-germaniques de l'Est, l'éducation devait se résumer à quatre années de primaire). Cela conforte l'idée que l' « établissement d'enseignement supérieur » est une appellation qui tient d'un humour très noir. Que pouvait-on y apprendre ? La dernière leçon de la vie ?
    Vous avez raison sur la question d'enseignement supérieure en Pologne dans ce temps-là, mais je ne pense pas qu'avec cet argument l’interprétation proposée par nicduf soit fausse. Peut-être avent la guerre ils aurait préféré la Sorbonne qu'une autre (quiconque) université polonaise, mais – avec l’occupation, la fermeture d'universités polonaises et la création des camps de concentration – ils ont été condamné non plus à l'université mineure, mais à l'extermination, c'est à dire au sort pire que celui de la narratrice.

    Quant aux faits historiques, je me demande si toutes les informations fournies par l'auteure sont précises (Dachau était construit en 1933 non seulement pour les Juifs, la plupart des Juifs polonais était exterminée dans le camp d'Auschwitz ; il est, bien sûr, possible qu'il sont exterminés là-bas, mais Auschwitz est plus probable comme lieu de leur mort)...
     
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